Réserve Naturelle Nationale Frankenthal Missheimle

Enjeux et gestion

Pour répondre à l’enjeu prioritaire de conservation du patrimoine naturel, chaque Réserve Naturelle définit des objectifs de gestion qui lui sont propres. Ces objectifs sont ensuite déclinés de manière opérationnelle en actions.

A cet effet, le gestionnaire élabore, en concertation avec les acteurs du territoire, un document de référence : le plan de gestion. D’une validité de 5 ans, ce document définit les actions à mettre en place pour répondre aux objectifs à moyen et à long terme.

La gestion de la Réserve Naturelle du Frankenthal-Missheimle

Les orientations de gestion se déclinent selon 3 grands axes :

 

  • Préserver la naturalité des milieux laissés en libre évolution
  • Maintenir une gestion favorable à la diversité des habitats et des espèces
  • Accompagner la fréquentation du site

1 – Préserver la naturalité des milieux laissés en libre évolution

Traditionnellement, certains habitats sont peu ou pas exploités par l’homme : landes, tourbières, mégaphorbiaies, falaises, combes à neige des cirques glaciaires, … Ces milieux apportent une diversité biologique et paysagère à la Réserve Naturelle et abritent de nombreuses espèces spécialisées et rares. Ils évoluent selon leur propre dynamique, influencée par les conditions climatiques.

La Réserve Naturelle abrite également des forêts situées sur les hauts versants escarpés qui présentent un caractère naturel marqué à haute valeur patrimoniale. Ces écosystèmes forestiers exceptionnels ont été classés en Réserve Forestière Intégrale sur près de 415 ha. Aucune exploitation forestière n’y est pratiquée.

Près de 60 % des milieux sont ainsi laissés en libre évolution, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas gérés ni exploités. Le travail du gestionnaire se limite à une gestion légère visant à assurer leur conservation. Les seuls travaux sont liés à l’entretien des chemins et sentiers existants. Quelques aménagements ponctuels sont prévus afin de protéger certains sites sensibles des impacts de la fréquentation.

2 – Maintenir une gestion favorable à la diversité des habitats et des espèces

Certaines forêts, les prairies montagnardes et certaines chaumes ont largement été façonnées par les activités humaines. Le rôle du gestionnaire est d’accompagner ces pratiques pour assurer la préservation de la faune et de la flore qui s’y développent.

Sur les forêts facilement accessibles des bas versants, c’est une gestion sylvicole respectueuse des dynamiques naturelles qui s’opère. Le but, à terme, est d’obtenir une futaie irrégulière où se côtoient différentes espèces d’arbres de tous âges, en favorisant la régénération des essences autochtones.

Les chaumes et les prairies montagnardes, font l’objet d’une gestion traditionnelle dirigée visant à assurer leur maintien. Les activités pastorales sont encadrées par voie réglementaire et par le biais de conventions signées avec les agriculteurs, en vue de préserver la qualité des milieux ouverts.

Par ailleurs, un certain équilibre entre les populations d’ongulés et la capacité d’accueil des milieux est recherché, au travers du maintien et de l’encadrement de la chasse. A l’heure actuelle, la pression des ongulés sur les milieux naturels est forte, comme en témoigne l’abroutissement important de certaines espèces végétales par les chamois dans le cirque glaciaire du Frankenthal.

3 – Accompagner la fréquentation du site

En raison de son attractivité, la Réserve Naturelle se révèle très fréquentée : environ 15 000 personnes passent chaque année dans le fond du cirque du Frankenthal, et plus de 50 000 sur le sentier des Roches.

L’organisation de cette fréquentation importante est nécessaire afin d’éviter la dégradation des milieux naturels, le dérangement excessif de la faune mais également pour maintenir la qualité paysagère et la quiétude montagnarde que recherchent les nombreux visiteurs de ce site.

Amélioration des connaissances

Afin d’appliquer une gestion adaptée aux objectifs de conservation visés, il est nécessaire de bien connaître les différentes composantes du site : les milieux naturels, les espèces et les interactions qui existent entre.

Quelques études peuvent être consultées :

  • Les mousses et leurs habitats dans le « Cirque des Rochers verts », LÜTH M., 2016 – Traduction française réalisée par Francis BICK et Bernard STOEHR
  • Evaluation de l’état de conservation des habitats des tourbières de la RNFM, GOUBET P., 2014
  • Expertise entomologique et floristique du cirque glaciaire du Frankenthal, TREIBER R., 2012

Chaque année, des suivis sont menés par le gestionnaire, afin de connaitre les populations ou caractériser certains phénomènes évolutifs. Parmi ces nombreux suivis, on peut citer :

Suivi du milieu physique

  • Suivi du manteau neigeux et des phénomènes avalancheux
  • Suivi hydrologique de l’Etang noir

Suivi des milieux naturels

  • Suivi des forêts : application du protocole national d’étude et de suivi des forêts des Réserves Naturelles(PSDRF)
  • Suivi de l’évolution des milieux naturels dans le cirque glaciaire du Frankenthal au regard des actions de gestion mises en place

Suivi de la faune et de la flore

  • Suivi de certaines Orchidées remarquables (Orchis globuleux, Listère cordée, …)
  • Suivis des oiseaux rupestres (Faucon pèlerin, Hibou Grand-Duc, …)
  • Suivis des passereaux d’affinité alpine (Traquet motteux, Pipit spioncelle, …)

Suivi de la fréquentation

  • Suivi de la fréquentation sur les sentiers à l’aide d’éco-compteur

Quelques exemples d’actions

La gestion des milieux dans le cirque glaciaire de Frankenthal

Au début du siècle dernier, les chaumes et prairies connaissent leur maximum d’extension sous l’effet d’une pression agricole marquée. Comme partout dans le Massif Vosgien et en France, la déprise agricole a ensuite amené les terres agricoles à être recolonisées par la forêt pendant près d’un demi-siècle. C’est le cas notamment des couloirs d’avalanche du cirque glaciaire, d’exploitation particulièrement difficile.

Le cirque glaciaire du Frankenthal dans les années 1890 et en 2015

Au début des années 1990, suite à des années de déprise, la recolonisation forestière dans les couloirs est particulièrement avancée. En 1992, le couloir du Falimont a fait l’objet d’un important défrichement dont les traces sont encore visibles aujourd’hui. Depuis cette date et la création de la Réserve Naturelle (1995), le phénomène de recolonisation forestière est à nouveau actif.

Depuis 2012, des actions de maîtrise de cette recolonisation sont conduites par le gestionnaire sur le bas du couloir du Falimont et le couloir Dagobert.

 

Couloir du Falimont en 1989 / 1992 / 2010

 

La gestion actuelle vise à trouver un équilibre entre la préservation de milieux ouverts qui abritent de nombreuses espèces exceptionnelles et les enjeux de naturalité s’exprimant par une dynamique d’évolution naturelle des habitats buissonnants, soumis aux phénomènes d’avalanche.

Téléski Cote 1000

Une des premières opérations réalisées à la création de la Réserve Naturelle fut la renaturation de l’ancienne piste de ski à la Côte 1000. Cette opération a permis le démontage des équipements : téléski et cabane de ski. La piste de ski est laissée en libre évolution, permettant à la végétation une recolonisation progressive depuis un support complètement minéral. Au bout de quelques années, les résultats sont significatifs. Trois espèces de lycopodes ont recolonisé le site : le Lycopode en massue, le Lycopode sélagine ainsi que le plus rare Lycopode des Alpes.

 

Evolution de la végétation sur l’ancienne piste de ski à la Cote 1000

Restauration de l’ancien parking des Trois Fours

Jusque dans les années 1980, le site des Trois Fours connaissait une fréquentation anarchique, en particulier en période estivale. La circulation des véhicules et le stationnement ont progressivement provoqué dégradation du paysage, piétinement et altération de la prairie, érosion des sentiers, mais également dépôts de déchets, feux, etc.

En 2003, des travaux menés par le gestionnaire ont permis de résorber le stationnement sauvage et de canaliser les véhicules sur la route. Sur l’ancien parking, près de 15 ans ont été nécessaire à la recolonisation des végétaux et à l’apparition de certaines espèces caractéristiques (Arnica, Lycopodes, Epervières, …). Cet espace est aujourd’hui intégré au pâturage.

Evolution de la végétation sur l’ancien parking des Trois Fours, entre 2003 et 2016