Réserve Naturelle Nationale Tourbière de Machais

Enjeux et gestion

Pour répondre à l’enjeu prioritaire de conservation du patrimoine naturel, chaque Réserve Naturelle définit des objectifs de gestion qui lui sont propres. Ces objectifs sont ensuite déclinés en actions.

À cet effet, le gestionnaire élabore en concertation avec les acteurs du territoire un document de référence : le plan de gestion. D’une validité de 5 ans (voire 10 ans), ce document définit les actions à mettre en place pour répondre aux objectifs à moyen et long terme de protection du site.

La gestion de la Réserve Naturelle de la Tourbière de Machais

Les orientations de gestion de la Réserve se déclinent selon 4 grands axes :

 

  • Préserver la naturalité des milieux remarquables

 

  • Maintenir une gestion favorable à la diversité des habitats et des espèces

 

  • Limiter la fréquentation du site

 

  • Un site privilégié d’études et de recherches

 

1 – Préserver la naturalité des milieux remarquables

La non – intervention (ou la libre évolution) est un choix de gestion à part entière pour les habitats les mieux conservés de la Réserve Naturelle et dont l’avenir n’est actuellement pas menacé ; c’est la ligne de gestion qui est appliquée pour les tourbières et l’éboulis, milieux remarquables de par leur état de préservation et leur fonctionnement. Leur protection est renforcée par un zonage spécifique qui leur garantit l’absence d’exploitation forestière.

Afin de s’assurer du bon état de santé de ces milieux dans le temps, des suivis d’espèces végétales ou animales particulièrement sensibles à toute modification du milieu (espèces bio-indicatrices), sont menés et complétés par diverses études.

2 – Mener une gestion favorable à la diversité des habitats et des espèces

Concernant la forêt, deux axes forts se déclinent : non exploitation sur les secteurs les plus sensibles et remarquables (36 ha) et mise en place d’une exploitation respectueuse sur les 84 ha restants.  L’objectif est de favoriser la qualité des habitats pour l’accueil des espèces (grand tétras, chauve-souris, insectes, mousses…). Certains travaux écologiques peuvent ainsi être menés en complément (corridors, éclaircies…).

3 – Limiter la fréquentation du site

Le choix fait sur la Réserve Naturelle de la Tourbière de Machais est de préserver la beauté paysagère et « sauvage » du site, que le public aime à y trouver, dans une atmosphère de tranquillité. A cet effet, très peu d’aménagements de découverte sont mis en place, et aucune communication touristique n’est réalisée.

Un site de jumelage pédagogique (de substitution) a été identifié dès la création de la Réserve. Il s’agit du site de Lispach, situé à quelques kilomètres dans la vallée du Chajoux, où un sentier adapté permet la découverte au plus près d’une tourbière tout à fait similaire à celle Machais.

4 – Un site privilégié d’études et de recherches

En tant que « laboratoire à ciel ouvert », une Réserve Naturelle est un lieu d’études et d’expertises sur de nombreuses espèces et thématiques. Cet axe est fortement porté par le plan de gestion de Machais. Forêts et tourbières sont étudiées pour leur biodiversité, mais également pour l’histoire ancienne du site et les modalités complexes de leur fonctionnement actuel (géomorphologie, hydrologie).

 

Améliorations des connaissances

En tant que « laboratoire à ciel ouvert », une Réserve Naturelle est un lieu privilégié d’études et d’expertises. Cet axe est fortement porté par le plan de gestion de Machais.

Le rôle du gestionnaire est donc de mener de nombreux suivis scientifiques et études visant à approfondir les connaissances sur ce site. L’accent est mis sur la caractérisation du fonctionnement des écosystèmes, ainsi que sur la connaissance de la biodiversité d’une façon générale, en particulier les espèces ou groupes d’espèces peu étudiés par ailleurs.

Se pencher sur le passé pour mieux comprendre le présent

L’accumulation de sédiments dans le lac d’une part, et de tourbe d’autre part, fournissent sur l’ensemble de la Réserve des archives naturelles très riches, témoins de l’histoire passée, depuis 10 000 ans jusqu’à nos jours. Des techniques sophistiquées sont utilisées pour « faire parler » ces archives (étude des pollens, datations…).

Surveiller la bonne santé des tourbières

La qualité de l’eau est primordiale pour le maintien des tourbières. Sur le site de Machais, l’eau est acide et pauvre en éléments minéraux et doit le rester. Pour s’en assurer, le suivi des eaux de surface est assuré pendant deux ans tous les 5 ans : mesures de débit, de la température et du pH.

Rechercher des espèces anciennes (ou particulièrement difficiles à trouver) 

La Tourbière de Machais a fait l’objet d’inventaires par des spécialistes de plusieurs pays depuis le début des années 1900, donc bien avant la création de la Réserve Naturelle. Certaines espèces, très discrètes, doivent faire l’objet d’études par des spécialistes plusieurs dizaines d’années plus tard afin de savoir si elles sont toujours présentes (mousses, plancton…).

S’intéresser à des choses peu ou jamais étudiées 

Une Réserve Naturelle est un espace de découverte où des moyens sont dédiés pour travailler « à l’aveugle » sur la connaissance du vivant, en fonction des richesses pressenties du site, des lacunes ou des enjeux de gestion. Ainsi le diagnostic du territoire évolue constamment.

A Machais, deux volets ont récemment été développés : un inventaire poussé de groupes jamais inventoriés (lichens et mousses) et une première description du plan d’eau dans toutes ses composantes : profondeur, physico-chimie, espèces.

Perspectives : Un jour suivre le climat ?

Les tourbières sont des « écosystèmes sentinelles », c’est-à-dire qu’elles feront partie des milieux les plus impactés par les changements climatiques en cours et à venir. Un protocole de suivi sur ce thème est en cours de réflexion, les processus et paramètres étant particulièrement complexes et délicats à mesurer. Il faut dans ce cas absolument s’appuyer sur une démarche scientifique robuste bâtie à une autre échelle.

Suivre l’état de santé des forêts

Un suivi à long terme est reconduit tous les dix ans sur la Réserve, visant à étudier l’évolution de la forêt : composition et densité des peuplements, bois mort, présence de cavités, de champignons… Il permet aussi d’évaluer les résultats de la gestion sylvicole menée en faveur de la biodiversité. Les premiers résultats montrent une densité et un capital sur pied importants pour le bois vivant de petits diamètres et une pauvreté en bois morts supérieurs à 30 cm de diamètre. Il faudra améliorer ces deux axes dans le futur.